Bouquiner au crépuscule
19H et quelques poussières comme celles que charrie l'air tiède de ce soir de mars. A l'heure où les braves gens rentrent chez eux, la terre de Beauce, rudoyée par le passage de lourds tracteurs, martyrise à son tour l'abdomen et le torse de votre serviteur. A
l'horizon, soit quelques encablures de blés en pousse, l'orée du petit boisement laisse échapper quelques cousins du Bugs Bunny, la gouaille en moins mais l'appétit tout aussi féroce. Si l'espoir d'apercevoir quelque Goupil en maraude m'avait un instant effleuré, à tout le moins assez pour motiver cette sortie crépusculaire, le désenchantement m'étreint au vu du nombre de réservoirs à maïs, ou « agrainoirs » en terme cynégétique autorisé, qui encadrent le terrier repéré l'an dernier. Le Rouquin n'aura certainement pas échappé à la vindicte des Actéons de pacotille.
Mais le printemps qui germe donne des idées aux cousins de Panpan et les Capucins s'agitent dans les sillons. Devant Miss Hase qui fait la belle toutes oreilles relevées, le Lièvre bouquine et cabriole en de grands sauts athlétiques qui déclenchent immédiatement une course poursuite effrénée, sprint qui s'arrêtera brutalement pour que le séducteur recommence ses bonds en vue de s'attirer les faveurs de la belle. Le contrejour les fait disparaître dans les jumelles, et jette comme un voile pudique sur l'intimité de nos Lagomorphes amoureux !
Si le Lièvre bouquine, c'est pour mieux susciter les émois de sa promise... Alors que l'homme au foyer bouquine son journal en pantouflant ce qui suscite les émois de Madame cantonnée en cuisine !
Que bouquinait ce Lièvre argentin surpris sous son buisson ?
Péninsule de Valdès - Juillet 2009.