Train de vie
« Voyager ouvre les yeux, mais qui part con revient con ». A la lueur d'une mémoire qui défaille parfois, cette citation doit être de Hugo Pratt mais cela reste à vérifier. Toujours est il que c'est une philosophie de voyage bien ancrée dans la tête de votre serviteur qui implique parfois, soyons honnête, une certaine forme de pensée qu'il convient de qualifier d'élitiste non dénuée de désintérêt un tantinet méprisant pour le tourisme de masse et ses « voyages » consuméristes de la découverte au rabais. Pas bien, ça !
De nos jours, le voyage est basé sur le déplacement. Le Toutou en goguette dans un pays décrit avec force qualificatifs enjôleurs par la pub', doit pouvoir revenir avec la certitude d'avoir photographié toutes les beautés vantées par les guides touristiques. Partant de là, on saute dans un aéroplane. On se pose, sans trop d'encombres si ce n'est quelques désagréments intestinaux, quelques petites heures après et ce quelque part, de préférence loin et sous des cieux exotiques. L'on commence alors la course éreintante et effrénée qui consistera à faire des encoches sur votre appareil numérique à chaque point de vue, site, monument, scène pittoresque, voire individu indigène au faciès photogénique qui croisera votre déplacement incessant. Les activités s'enchainent et le voyage ne devient donc qu'un long déplacement sans autre intérêt que de pouvoir, au retour, pérorer lors des diners en ville.
Revoir son rapport au temps lors des voyages permet de sortir d'une logique de consommation insensée, apporte autrement plus de satisfactions et laisse des marques et impressions profondes dans les circuits imprimés de la mémoire.
Train, bus, bateau vous permettent d'approcher tranquillement votre destination finale. Le paysage change progressivement sous vos yeux, vous entrez dans le pays en une longue phase de transition et vous vous imprégnez peu à peu de ses bruits, de ses odeurs, de ses couleurs. L'immersion et le ressenti n'ont ainsi plus rien à voir avec ce plongeon bref et brutal que représente un atterrissage bien abrupt après seulement quelques petites heures au dessus des nuages.
Vous voyez des gens vivre, monter, descendre, partir et revenir... L'esprit s'évade alors et échafaude des scenarii sur les vies et histoires de ceux qui partagent plus ou moins brièvement votre périple.
Parfois, au détour d'un compartiment, d'une correspondance ou d'un arrêt pour se soulager de quelques pressions intempestives, vous croisez un vendeur de börek, un militaire en permission, un vieux guide de musée à la retraite et échangez quelques regards, baragouins, sourires, émotions, verre de vodka ou provisions de bouche qui créent, l'espace d'un souffle, un petit espace de relation humaine tellement mis à bas dans notre quotidien stressé par le culte de la vitesse et de la performance.
Après avoir tenté un petit comparatif entre la qualité des chemins de fer britanno-ecossais et notre SNCF nationale, c'est non sans enthousiasme que nous envisageons tenter de rejoindre Istanbul en nous laissant promener à travers l'Europe par diverses compagnies ferroviaires voire en suivant les côtes helléniques le nez au vent marin d'un ferry partant d'Italie... Malheureusement, envisager le voyage autrement qu'en enrichissant Air France et ses concurrents est une véritable gageure qui implique des salaires mensuels quasi mirobolants ! Il y a quand même une aberration monumentale quand un trajet aérien vous déleste de seulement 150 € là où le même parcours alternatif vous soulagera de près de 6 fois plus !
Exotique Ecosse, entre sunshine et shower...enfin surtout shower !
Glen Affric - Ecosse - Juillet 2010