Pile efface
Le Rêve...
L'Homme rentre, l'esprit alerte et vif, après une journée de travail remplie de ces réussites et aboutissements qui vous font vous sentir satisfait et enjoué et font du labeur quotidien une véritable idylle. Il éprouve ses muscles d'airain qui jouent avec une précision mécanique malgré le temps qui le fait peu à peu basculer dans la seconde partie de son existence. Il enfile gaillardement un vêtement confortable proche du corps et glisse ses pieds dans une paire de chaussures adaptées à l'activité à venir. Il s'élance, le regard vers le lointain, et les pistons infatigables de ses quadriceps propulsent sa carrure athlétique vers une longue course de plus d'une heure. Les poumons exhalent avec aisance l'air vicié pour le remplacer avec une régularité de métronome par une recharge d'oxygène qui ira irriguer la pompe cardiaque qui peine à peine malgré l'effort intense auquel il s'astreint. La foulée est ample et rapide et le temps s'efface pour ne représenter qu'une petite parenthèse au terme de laquelle il ne ressentira que les bienfaits de cette course qui aura à peine entamé son capital physique. Ce sont juste quelques gouttes de sueur et une légère exhalaison qui laissent entrevoir les 21 km ainsi parcourus....
La réalité...
A l'issue d'une de ces pénibles journées qui font du travail quotidien un pensum sans intérêt, l'Homme éprouve cette lassitude physique propre aux fins de journées qui vous pousse doucettement vers le canapé après un détour vers le frigo pour un petit jaune bien mérité. Las, observant les prémices des ravages de l'âge qui avance, il ne peut que constater avec dépit l'installation sournoise de ces petites parures latérales qui boudinent peu à peu sa ceinture abdominale. Alors, soupirant, il s'impose de s'engoncer dans un cycliste moulant et des chaussures de course puis, avec une certaine raideur, tente de lancer sa carcasse défaillante dans une tentative de parodie de course à pied. Malmenés, les poumons laissent rapidement filer un sifflement pauvret qui ne s'éteindra plus tout au long du parcours. Les jambes suivent alors un rythme chaotique, tantôt vif, mais plus souvent laborieux avec des genoux qui peinent à s'élever au dessus de leur position standard. Le temps s'étire en longueur et les minutes sont des heures. Au terme de ce ridicule effort, une sueur lourde imprègne le maillot et le torse s'élève en saccades, cherchant à apaiser un palpitant malmené par les 6 km ainsi parcourus.
Le Nandou (Rhea americana), oiseau cavaleur qui se la pète moins que l'Autruche !
Peninsulede Valdès - Juillet 2009