Dette errante
Les images, soigneusement recueillies par des reporters, à qui il serait malhonnête de reprocher de faire simplement leur travail, crèvent l'écran jusque l'écœurement : rues éventrées, immeubles défoncés, habitants hagards aux yeux haves, pompiers et sauveteurs épuisés, tour à tour funestes ou heureux selon les échecs ou réussites de leurs missions du jour...
Depuis ce meurtrier 12 janvier 2010, il ne se passe pas une heure sans que les échos du dernier drame en date à frapper l'un des Pays les plus pauvres de la planète ne viennent s'échouer sur les yeux et les oreilles apitoyées des occidentaux dont beaucoup découvrent cette petite république des Caraïbes qui n'est jamais sortie d'une spirale infernale de pauvreté dans laquelle l'a placée la France de Charles X. Les 150 millions de francs or, renégociés peu après à 90 millions, exigés par le Monarque pour l'indépendance de la perle des Caraïbes ont été la première et impitoyablement lourde pierre posée sur l'édifice de l'appauvrissement qui n'a eu de cesse de s'ériger depuis.
Avoisinant actuellement les 1,8 milliards de dollars, cette dette a connu un coup de fouet particulièrement revigorant sous le régime Doc Père et Fils entre 1957 et 1986... D'ailleurs, après avoir épuisé celle qui fut la première république noire des Caraïbes et du Monde, le pauvre Baby Docs bénéficia d'un repos bien mérité en tant que réfugié politique sous les bons auspices de notre belle république.
C'est peu de dire le poids immense de la responsabilité cumulée que porte le Pays des Droits de l'Homme dans l'état de délabrement où se trouve Haïti aujourd'hui. Mais celui-ci n'est pas seul, et le gendarme du Monde libre a lui aussi mis la main sur l'exploitation des principales richesses de l'Ile en plaçant puis destituant l'Aristide corrompu qui donna un beau coup de grâce à ce peuple qui l'avait élu dans l'enthousiasme général !
Grâce à ces prodigieux efforts, 80% des Haïtiens ont la chance de vivre sous le seuil de pauvreté quand ce n'est pas encore plus bas si tant est que ce soit possible.
Grâce à de valeureux journalistes, le Monde entier a découvert, en même temps que ces médias si efficaces, ces photogéniques et bouleversantes galettes de boue que mangent depuis des années les Haïtiens pour plâtrer leurs estomacs désespérément vides.
Passe encore que le Commun des mortels ne connaisse pas Haïti au point de la confondre avec Tahiti et ses plages dorées. Mais il ne saurait être dit que nos édiles découvrent la situation inacceptable de cette Ile, eux qui se refusent obstinément à étudier une quelconque annulation de la Dette qui aurait permis à l'Ile de survivre autrement à cette catastrophe.
Dans le débordement et la cacophonie hyper communicante qui entoure le traitement médiatique du Sinistre, les relents nauséabonds des déclarations de cauteleuse compassion des décideurs de tout poil écœurent jusqu'à la nausée.
Marmites de boues et vapeurs sulfureuses en Islande - Sources de Namafjall - Myvatn Juillet 2008