Beau Caramel
Capitale du bout du Monde, Buenos-Aires possède son petit charme discret qui mélange des morceaux de Paris, Londres ou Madrid avec cette touche évidemment latino-américaine crée le dépaysement...
Les guides de voyages vous vanteront avec effusion, et moult commentaires dithyrambiques dont ils ont le secret, les attraits du quartier populaire de la Bocca !
Certes, c'est en ces lieux, dans la bonbonnière mythique et bruyante de Bocca Juniors, qu'un Pibe de Oro fit ses premiers passements de jambes avant que de connaître une gloire mondiale et de sombrer quelques années plus tard dans la consommation frénétique d'une neige bien poudreuse produite à partir d'un cocasse végétal qui pousse sur les plateaux andins guère éloignés de son pays de naissance.
La Bocca des cartes postales, ce sont trois, voire quatre en étant généreux, rues partent d'une placette perdue en bord de rio et qui s'étendent sur une petite centaine de mètres chacune...
Les maisons se parent de couleurs vives et les jaunes, les bleus et les rouges festonnent les murs comme hommage coloré à une vieille publicité pour une marque de peinture qui fut autrefois féline dans les réclames...
Des personnages de carton bouilli sourient de toutes leurs dents bien saines aux fenêtres des bâtisses qui abritent autant de rutilants magasins de souvenir que de galeries d'artistes de bazars évidemment authentiques.
Les bars, et leurs inévitables rabatteurs bourdonnants, exhibent des spectacles de tangos exécutés, au sens foudroyant du terme, par des couples de danseurs appointés qui viendront ensuite venir attraper les gogos ahuris égarés sur les terrasses saturées en quête d'une ambiance comme il n'en existe que sur la place du Tertre, autre lieu de perdition du touriste en mal de découverte brillante mais sans saveur.
La Bocca de derrière les façades, celle qui pousse un peu plus loin au bout des rues, là où il convient que le visiteur évite de s'égarer, est un quartier qui se fait plus réellement populaire. L'éloignement du cataplasme coloré révéle ainsi toute une partie de la ville oubliée du développement, de l'amélioration de l'habitat et des aides sociales. Poubelles renversées, rideaux de fers baissés, ruelles éventrées, maisons marquées par la lèpre ont remplacées les façades qui se veulent donner une image d'une pauvreté joyeuse et insouciante, riant à longueur de journée dans un grand élan de ferveur populaire. L
a Bocca n'est rien de plus qu'un endroit où s'entassent, loin des clichés délivrés par les syndicats d'initiatives et les cartes postales, une population aux limites de la misère et contraints interminablement à vivre d'expédient...
La Baleine franche australe (Eubalaena australis), danseuse de Tango inclassable et un tantinet solitaire.
Puerto Madryn - Juillet 2009