Imaginez vous partir d'une cité à 1 200 mètres d'altitude dans une vaste Vallée
fertile du piémont des Andes où poussent maïs, tabacs et céréales.
C'est Salta La Linda, ou la Belle en bon français de chez nous, dénommée ainsi
pour son charme un tantinet entamé par la circulation automobile anarchique et son urbanisation désordonnée.
Vous montez progressivement les contreforts des Andes en sillonnant les pentes de
la Vallée d'un Rio typique des Andes, large rivière au caractère affirmé ! Le lit de plus de 500 mètres est sec en hiver et dégorge d'eau bouillonnante en été.
Vous atteignez des vallons et escarpements qu'un peintre fou a choisi de parer de
près d'une dizaine de déclinaisons d'ocre, de jaune, de vert, de gris, de rouge... Comme si Anthée, devenu un géant fou et artiste talentueux, avait oublié sa palette sur ces montagnes
perdues.
Vous débouchez, à 3 700 mètres, sur ces hauts plateaux couverts par la Puna,
vaste steppe sableuse à laquelle s'accrochent buissons rachitiques et herbes maigrichonnes, battus qu'ils sont par des vents qui font passer la tempête de 1999 pour un pet de nonne
asthmatique.
C'est le domaine des Vigognes et des Guanacos, camélidés sauvages cousins du lama
cracheur de Tintin, survolés par les Condors, planeurs mythiques de l'imaginaire ornithologique.
Vous poussez encore plus loin et plus haut et découvrez que l'Homme, dans son
orgueil démesuré, a bâti un Viaduc à 4 500 mètres d'altitude pour qu'un train puisse relier l'Argentine au Chili en traversant ces paysages sans limites où, si vous êtes posés sereinement au
milieu avec un horizon à 360°, vous pouvez légitimement vous laisser aller à sentir vos yeux piquer et une petite crise mystique vous triturer les méninges.
Ces sensations inimitables vous ne pouvez les avoir et les ressentir que si vous
vivez le paysage et vous y immergez.
Si vous vous laissez aller à vous fourvoyer dans l'usine à Toutous (ristes)
qu'est l'arnaque prévue et confirmée du Tren a las Nubes, vous n'aurez d'autres résultats que de renforcer votre misanthropie galopante et récolter un ulcère visuel et
auditif.
Coincés dans une boite en métal, certes aménagée comme un confortable TER de la
Région Centre, avec environ 50 représentants de la race Humaine pendant 17 heures, vous aurez droit aux commentaires dignes des petits trains touristiques avec en prime quelques belles erreurs
sur l'identification des dits camélidés observables. Vous pourrez manger avec ardeur un sandwich, que la SNCF ne renierait pas, en regardant votre voisin en faire autant en face de vous à moins
de 1 mètre. Vous pourrez entendre, selon, les insipides conversations ou les ronflements béats des autres voyageurs aventuriers de l'altitude couvrir les cris du vent permanent qui balaye les
Punas. Vous pourrez voir, avec une impression fugace, passer un Condor quelconque vite largué par la vélocité du tortillard. Vous pourrez franchir le fameux Viaduc des 4 500 en écoutant Carmina
Burana à 80 décibels pour stimuler vos sens du romantisme touristique hyper développés. Vous pourrez vous arrêter sur une plate-forme d'observation avec en prime les sons dissonants d'une musique
andine de pacotille qui agrémenteront la découverte des étals posés à même le sol d'un marché artisanal installé pour le compte des visiteurs qui croient encore découvrir une réalité folklorique
qui masque la misère de ces populations qui espèrent tirer quelques maigres revenus lorsque passe le train des riches. Vous pourrez perdre quelques cellules auditives à l'écoute d'un groupe, dont
le nom est emprunté au vocabulaire quechua et qui sont affublés de ponchos pour être authentiques, qui vous distillera les notes joyeuses d'El Condor Pasa afin d'agrémenter la fin de cette longue
aventure une fois la nuit tombée alors que le retour ne présentera d'autre intérêt que de vous permettre de piocher quelques heures de sommeil supplémentaires car vous ne pourrez plus
photographier par la fenêtre ces paysages que vous pourrez toutefois vous vanter d'avoir traversé lors des diners en ville à votre retour....
A ce niveau de l'appréciation, il est facile de virer un tantinet élitiste et
méprisant, voire carrément donneur de leçons... mais l'Homme est maintenant à ce point déconnecté de la Nature et de son Environnement qu'il n'en vient à apprécier ceux-ci que lorsqu'il se
retrouve confortablement installé dans ses repères bien encadrées et tellement rassurants.
La vue magnifique sur la Puna, depuis le Tren a
la Nubes.... Inoubliable
Un premier aperçu sans grand intérêt
Cool, des messages